Nicolas Sarkozy légitime l'annexion de la Crimée par la Russie

LE SCAN POLITIQUE - Lors du Conseil national de l'UMP, l'ex-président de la République a repris à son compte des arguments développés par la Russie. Un ton qui dénote avec son attitude lors du conflit entre Moscou et la Géorgie.

En août 2008, Nicolas Sarkozy trouvait «inacceptable» la reconnaissance par la Russie de l'indépendance de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie, deux entités du Caucase arrachées à la Géorgie par les chars russes. Changement de ton, samedi, lors du Conseil national de l'UMP où le chef de file de l'UMP a pris fait et cause en faveur de la Crimée russe, là encore un territoire gagné par Moscou par la force, sous couvert d'un référendum non reconnu par la communauté internationale.

«(Les habitants) de Crimée choisissent la Russie, on ne peut pas leur reprocher», a ainsi lâché le président de l'UMP, comme l'a remarqué Le Monde. Et d'insister: «Si le Kosovo a eu le droit d'être indépendant de la Serbie, je ne vois pas comment on pourrait dire avec le même raisonnement que la Crimée n'a pas le droit de quitter l'Ukraine pour rejoindre la Russie». Une comparaison qui peut surprendre quand on sait que l'indépendance du Kosovo est intervenue après un long processus validé par la majorité de la Communauté internationale. Ce qui n'est pas le cas en Crimée.

Fait nouveau pour Nicolas Sarkozy, il a semblé prendre ses distances avec la diplomatie américaine: «La séparation entre l'Europe et la Russie est un drame. Que les Américains la souhaitent, c'est leur droit et c'est leur problème (...), mais nous ne voulons pas de la résurgence d'une guerre froide entre l'Europe et la Russie».

Protéger les russophones d'Ukraine

Puis, le président de l'UMP a repris à son compte un argument développé par le gouvernement russe. Ce dernier invoque son droit à protéger les russophones d'Ukraine qui seraient menacés? Nicolas Sarkozy n'y voit rien à y redire. «Il y a un tiers de russophones (en Ukraine), au moins une dizaine de millions, ce n'est pas anecdotique. Il faut certainement trouver les moyens d'une force d'interposition pour protéger les russophones d'Ukraine tant que la situation ne s'est pas calmée». Une déclaration qui donne du crédit à celle du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui parle d'une «éradication des juifs et des russes» en Ukraine.

Le changement de ton de Nicolas Sarkozy ne surprend pas Pierre Lellouche, son ancien secrétaire d'État chargé des Affaires européennes contacté par Le Scan. «L'annexion de la Crimée s'est faite de manière contraire à toutes les normes et règles internationales», dit-il. Mais il reconnaît toutefois à l'ex-chef de l'État «de ne pas considérer que l'histoire a commencé hier matin». «Je crois que Nicolas Sarkozy est pragmatique. L'annexion de la Crimée... Je ne sais pas qui va la contredire. Toutes les chancelleries font ce constat car Poutine est en position de force», estime celui qui est aussi député de Paris. Nicolas Sarkozy aurait-il mieux géré le dossier ukrainien s'il avait été au pouvoir à la place de François Hollande? «Je n'en sais rien», concède-t-il toutefois, «c'est un dossier extrêmement compliqué».

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